Cours de philosophie 2025/2026
Le sujet, à la trace
Jacques Lacan a prononcé, de 1953 à 1979, vingt-six séminaires qui ont révolutionné notre conception du sujet, et dont les effets sont aujourd'hui encore très loin d'avoir atteint toute leur portée. Du langage dans sa matérialité signifiante au corps traversé par les traces de la parole, il nous invite à distinguer le réel, le symbolique et l'imaginaire, et à comprendre comment ces trois dimensions se nouent pour former une topologie du sujet, toujours singulière, à comprendre dans ce que le sujet dit sans le savoir.
Jacques Derrida, des trois textes séminaux parus en 1967 jusqu'à ses derniers écrits et conférences en 2003-2004, développe une pensée dans laquelle le sujet est toujours hétérogène à lui-même, décalé, formé par le langage qui le traverse, jamais complètement en présence de soi. Le sujet, qui se fonde sur la trace d'une absence et sur le jeu des différences entre les traces, ce qu'il appelle la différance, n'a pas ni ne peut avoir d'identité stable.
Ces deux pensées, loin d'être antagoniques, déploient en parallèle une pensée du sujet qui va rompre avec le sujet rationnel cartésien et qui va fournir des concepts permettant une analyse critique du sujet libéral et néo-libéral, c'est-à-dire de ce sujet qui croit être en pleine possession de sa volonté par la prise de décisions rationnellement informées. Lacan et Derrida nous disent tout autre chose : à savoir qu'aucun sujet, jamais, n'est en pleine possession de ses moyens, qu'il est toujours agi par le langage qu'il croit maîtriser, et que les effets de réel du langage lui échappent constamment.
Mais par-delà l'obscurité constitutive du désir, le sujet peut apprendre à se positionner plus librement face à la vérité de ce désir, bien qu'elle nepuisse elle-même être atteinte.
Chaque séance donnera lieu à un cours magistral,
d’environ une heure, suivi d’une demi-heure de
questions/discussions